104 histoires de
NOUVELLE-FRANCE

avec Jean-François Blais

Les histoires

001 – Marie-Anne Barbel, une femme d’affaires de Nouvelle-France

Pour cette première histoire de Nouvelle-France, j’ai voulu vous raconter la vie étonnante de Marie-Anne Barbel, veuve Fornel qui fut, au XVIIIe siècle, une femme d’affaires prospère de la ville de Québec.

La Nouvelle-France, tout comme la France de l’époque, était une société dominée par les hommes où les droits des femmes étaient presque nuls. Pourtant, certaines femmes ont su tirer leur épingle du jeu de façon fort étonnante.

Le mari de Marie-Anne Barbel, Jean-Louis Fornel, possédait plusieurs maisons dans la ville de Québec et aux alentours. Il était aussi impliqué dans le commerce des fourrures. Pendant ses longues absences, c’est Marie-Anne Barbel qui prenait soin des affaires. À la mort de son mari, elle a pris le contrôle de l’entreprise et elle a réussi à plusieurs endroits où Jean-Louis Fornel avait échoué.

Pour en savoir plus :
- Marie-Anne Barbel, dans le Dictionnaire biographique du Canada (en ligne)

- Lilianne Plamondon, Une femme d’affaires en Nouvelle-France, Marie-Anne Barbel (thèse de m.a., université Laval, 1976

002 – La propreté des rues de Montréal

La propreté des rues de Montréal n’est pas une préoccupation nouvelle. Il y a quelques années, je suis tombé sur un article qui relatait une ordonnance qui datait de 1715 dans laquelle Jacques-Alexis de Fleury, ecuier, sieur Deschambault, lieutenant-général, civil et criminel de la juridiction de Montréal enjoignait les habitants de nettoyer les trottoirs (qu’on appelait banquettes) devant leur maison sous peine d’amende… Ces nettoyages concernaient aussi les cochons qu’on laissait courir dans la rue.

Pour en savoir plus :

É.-Z. Massicotte, «Ordonnance inédite de M. de Fleury Deschambault, concernant les rues de Montréal, en 1715», Bulletin de Recherches historiques, vol. 22, 1916, p. 81

FLEURY DESCHAMBAULT (d’Eschambault), JACQUES-ALEXIS DE, dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne

003 – Le nom des repas

Comment nommait-on les repas en Nouvelle-France? Comme les Québécois d’aujourd’hui («déjeuner», «dîner», «souper») ou comme les Français («petit-déjeuner», «déjeuner», «dîner») ?

La question peut sembler futile (et j’avoue qu’elle n’est certainement pas la question historique la plus importante qui soit), mais elle est très intéressante au niveau de l’histoire de la langue française, car les mots ne sont pas seulement un agencement de sons, mais sont souvent très logiques.

Dans cet épisode, je vous expliquerai donc d’où viennent les mots «déjeuner», «dîner» et «souper».

C’est la première émission qui traite de l’histoire de la langue française, mais je vous promets que ce ne sera pas la dernière.

Pour en savoir plus (en ligne) …

- Sur l’origine du mot DÉJEUNER

- Sur l’origine du mot DÎNER

- Sur l’origine du mot SOUPER

004 – Les monstres du Saguenay

Cette 4e histoire de Nouvelle-France fait référence à un court passage du récit du 2e voyage de Jacques Cartier. Il y relate le témoignage du chef Donnacona selon qui il y aurait, au bout de la rivière Saguenay, un royaume dans lequel les habitants seraient habillés comme les Français et qui seraient à la fois humains et monstres.

Par exemple, selon ses dires, le Saguenay abriterait des êtres qui n’ont qu’une jambe et qui se déplaceraient en sautant.

Est-ce là une légende amérindienne? Eh non…

Ce passage des écrits de Jacques Cartier n’est pas souvent cité, mais il vaut la peine qu’on s’y attarde, car il nous en dit long sur la vision du monde qu’avaient les Occidentaux de son époque.

Pour consulter le livre où se trouve ce passage (en ligne) :

CARTIER, Jacques, «Bref récit et succinte narration de la navigation faite en MDXXXV et MDXXXVI»

005 – Des Jésus sans barbe

Charles Garnier, jésuite de la Nouvelle-France

Charles Garnier, jésuite de la Nouvelle-France

Un aspect du choc des cultures qu’ont subi les Français à leur arrivée en Nouvelle-France m’a toujours beaucoup fait rire : les Amérindiens ridiculisaient les Français à cause de leur barbe. À prime abord, ça peut paraître anodin, mais cela a eu des conséquences inattendues pour les Jésuites qui tentaient de convertir les Amérindiens : si ceux-ci ridiculisaient les hommes qui portaient la barbe, comment les Jésuites réussiraient-ils à leur faire admettre un Dieu barbu ?

Ça a été assez loin pour que le jésuite Charles Garnier (un des saints martyrs canadiens) demande officiellement qu’on lui envoie des Jésus sans barbe…

Est-ce que ça a été suivi par les autres?

Il faut dire que Charles Garnier était lui-même imberbe et qu’ils nous avoue dans ses lettres qu’il a été grandement ridiculisé en France à cause de cela. Il nous dit aussi qu’il était très heureux de se retrouver, en Nouvelle-France au milieu des autochtones, dans une société où non seulement on ne riait pas de lui, mais on le trouvait aussi assez beau.

Pour en savoir plus :

GARNIER, Charles, Lettre de Saint-Charles Garnier à son frère, le père Henri de Saint-Joseph, carme, de Teanaustayae, sans date(1645 ?), Rapport de l’archiviste de la province de Québec, Imprimeur de Sa Majesté le Roi, 1929-1930, p. 35 (pas en ligne)

De ROCHEMONTEIX, Camille, Les Jésuites et la Nouvelle-France au XVIIIe siècle : d’après des documents inédits, Paris, A. Picard et fils, 1906 – à la p. 339, il mentionne que les Jésus étaient sans barbe, mais sans donner de source.

SAGARD, Gabriel, Histoire du Canada et voyages que les frères mineurs recollects y ont faicts pour la conversion des Infidelles, Paris, 1636 – Livre second, Chapitre XXIII

006-Changer de linge ou prendre un bain?

Comment préférez-vous vous laver? En prenant un bain (ou une douche) ou en changeant de chemise?

Aujourd’hui, personne ne remettrait en question l’usage du bain ou de la douche pour se laver… Et pourtant, pendant une grande partie de l’histoire de la Nouvelle-France, les médecins déconseillaient avec vigueur de prendre des bains. Ils affirmaient que l’eau était néfaste pour l’hygiène.

Au lieu de prendre un bain, les médecins préconisaient plutôt le changement de chemise (qu’on appelait alors «linge»). Plus elle était blanche, plus nous étions propre…

Pour en savoir plus :

CABANES, Auguste, Mœurs intimes du passé, Paris, Albin Michel, 1908

GOURDEAU, Claire, Les délices de nos coeurs: Marie de l’Incarnation et ses pensionnaires amérindiennes, 1639-1672, Septentrion, 1994, 128 p.

VIGARELLO, Georges, Histoire des pratiques de santé – le sain et le malsain depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, 1993

007-Y avait-il des carcans en Nouvelle-France?

Je n’ai jamais remis en question l’idée que le carcan était utilisé comme forme de punition en Nouvelle-France jusqu’à ce des personnes dignes de foi m’affirment le contraire, disant que cette peine était médiévale et qu’elle n’avait jamais eu cours ici.

M’étais-je trompé toutes ces années? Et que dire de tous ces musées de la Nouvelle-France qui présentent des reproductions de carcans? Ce ne serait pas la première fois qu’une idée fausse soit passé dans l’imaginaire collectif.

Étonné, j’ai donc effectué quelques recherches pour m’apercevoir que dès le départ, je me trompais dans la définition d’un carcan…

Pour en savoir plus :

BOYER, Raymond, «Les crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle», Ottawa, Cercle du livre de France, 1966

«Bulletin de recherches historiques», vol. 3, 1897, p. 14

LEJEUNE, Paul, «Relation des Jésuites», vol. IX, 1636

«Jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France», vol. I et IV

008-Le billard en Nouvelle-France

Le jeu de billard ne date pas d’hier. Et à l’époque de la Nouvelle-France, on aimait bien le pratiquer. Et le pratiquer comme aujourd’hui, c’est-à-dire en mélangeant les plaisirs du vin et du jeu. Et ce, autant dans les hautes sphères de la société que dans les plus basses. Tellement que les autorités ont dû imposer des règlements et sévir à l’occasion…

En Nouvelle-France, le billard ressemblait déjà à notre propre jeu, à la grande exception que le bâton était recourbé.

Pour en savoir plus :

MASSICOTTE, E-Z, «Le jeu de billard sous le régime français», BRH, XXIII, 1917, p. 153

ROY, Pierre-Georges, «Le billard sous le régime français», in Petites choses de notre histoire, vol. 3, Lévis, 1919, pp. 242-247

009-Un hold-up à Montréal

On aurait pu croire que la criminalité ne serait pas un très grave problème en Nouvelle-France, grâce au fait que la population étant si petite, il serait facile de trouver le coupable de tout crime.

Et pourtant…

À l’automne 1683, de jeunes hommes se sont hasardés à commettre des vols à mains armées dans les rues de Montréal (qu’on appelait alors Ville-Marie).

Pour en savoir plus :

BOYER, Raymond, Les crimes et les châtiments au Canada français, Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1966, pp. 130-132

CARTIER, Jacques, Voyages de découverte au Canada entre les années 1534 et 1542: suivis d’une biographie de Jacques Cartier par René Maran, Anthropos, 1843

MASSICOTTE, Édouard-Z., «Un hold-up à Montréal en Nouvelle-France», BRH, vol. 34, 1928, pp. 264-265

010-Comment envoyait-on des lettres en Nouvelle-France?

Voilà une question qu’on ne se pose pas souvent, mais qui était primordiale pour les habitants de la Nouvelle-France, car la poste était ni plus ni moins que le seul moyen de communication entre les grands centres.

Bien qu’il y ait eu quelque tentatives d’établir un système postal en Nouvelle-France, on peut résumer celui-ci en un seul mot : inexistant. Les gens se débrouillaient comme ils pouvaient et en ayant recours à certains trucs astucieux…

Pour en savoir plus :

FLEMING, Patricia, GALLICHAN, Gilles, LAMONDE, Yvan, Histoire du livre et de l’imprimé au Canada, Montréal, PUM, 2004, p. 122

ROY, Pierre-Georges, «La poste sous le régime français» dans «Toutes petites choses du régime français», Québec, éd. Garneau, vol.2, 1944, pp. 204-205

011-Les Amérindiens et les étoiles

L’idée de cet épisode vient de la surprise que j’ai eue en lisant le compte-rendu de Joseph-François Lafitau dans lequel il démontre que les visions qu’avaient les Français et les Iroquois du ciel étoilé étaient beaucoup plus rapprochées qu’on pourrait le croire…La Nouvelle-France est fille de la mer. Et tout marin qui se respectait à l’époque pouvait se guider grâce aux étoiles et aux constellations.

Les premiers chroniqueurs de la Nouvelle-France pensaient trouver chez les autochtones une société sauvage, c’est-à-dire sans civilisation et sans grande connaissance, surtout des astres.

Ils ont été surpris de se rendre compte que non seulement ils avaient une certaine connaissance des étoiles, mais ils avaient aussi regroupé celles-ci en constellations, tout comme en France.

Pour en savoir plus :

LAFITEAU, Joseph-François, «Moeurs des sauvages ameriquains, comparées aux moeurs des premiers temps», Charles Estienne Hochereau, 1724, pp. 235 – 238

012- Les Français et la forêt

On sait bien qu’une des premières choses qui ait frappé les Français quand ils sont arrivés ici, ça a été l’étendue du territoire et l’abondance des forêts. Ce n’est pas très différent d’aujourd’hui, vous me direz… Mais la relation qu’avaient les Français avec la forêt dans les premières années de la Nouvelle-France est très différente de la nôtre. La forêt ne symbolisait pas le grand air, les promenades en amoureux et l’exotisme du retour à la terre.

En d’autres mots, il ne serait jamais venu à l’idée de personne de faire du camping à cette époque.

013- Emprisonné pour une chanson…

Cette semaine, je suis tombé sur un événement curieux qui s’est passé à Montréal au début du XVIIIe siècle. Un dénommé Jean Berger a été emprisonné pour avoir… écrit une chanson.

En réalité, il était déjà en prison, car on l’avait faussement accusé d’avoir battu un homme en compagnie d’un complice. On l’a gardé plus longtemps en prison, on lui a imposé une amende et une peine de carcan parce qu’il avait eu la mauvaise idée d’écrire ladite chanson qui dénonçait certaines personnes de la ville.

Voici, d’ailleurs, la transcription de la chanson :

«Approchez tous petits et grands
Gens de villemarie
On va réciter a présent
Cette chanson jolie
Que l’on a fait sur ce ton-là
Afin de vous mieux réjouir

Le beau jour de la St-Mathias
Le pauvre St-Olive
Rencontra devant l’hôpital
Deux inconnus boudrilles
Qui chacun avec un bâton
L’ont fait danser bien malgré luy

À chaque coup qu’on lui donnait
Ce monstre de nature
Criait Messieurs épargnez moy
Car il fait grand’ froidure
Et je vous demande pardon
De moy Messieurs faites mercy.

Après qu’on l’eut bien bâtonné
lIs l’ ont laissé par terre
Et luy à peine s’est-il retiré
Chez luy bien en colère
Criant d’un pitoyable ton
On m’a mis le dos en charpy.
Sur leur bonne conscience
Nous étions tous dans nos maisons
Comme l’on battait ce chetty.

II envoya quérir soudain
Messieurs de la justice
Donnant l’argent à pleine main
Pour que l’on les punisse
Les messieurs ont dit sans façon
Dans la prison ils seront mis.

Le lendemain de grand matin
On voit agir sans teste
Tous les huissiers la plume en main
Pour faire des requettes
Donnant forces assignations,
À gens qui étaient dans leur lit.

Aussytost tous les assignés
S’en vont tous à l’audience.
C’était pour être interrogé,
Sur leur bonne conscience
Nous étions tous dans nos maisons
Comme l’on battait ce chetty.

Ceux qui auront plus profité
De ce plaisant affaire
Messieurs les juges et les greffiers
Les huissiers et notaires
lIs iront boire chez Lafont
Chacun en se moquant de luy.

Et toi mon pauvre Dauphiné
que je pleure ta misère
De t’aitre laisse battonner
Sans pouvoir les reconnaitre.
II t’en coutra de tes testons
Sans le mal que tu peux souffrir

Pour moy je déclare et conclus
Que s’y l’on me demande
Que si non content d’être battu
II y payera l’amende
Par ses fausses accusations;
Le tout pour lui apprendre à mentir. » !

Note : J’ai changé les accents, mais j’ai laissé quelques erreurs d’orthographe propres à Jean Berger.

Pour en savoir plus :

• BOYER, Raymond, Les crimes et les châtiments au Canada français, Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1966, pp. 429-430
• MASSICOTTE, Édouard-Zotique, Faits curieux de l’histoire de Montréal, Montréal, Beauchemin, 1924, pp. 38-44
RHEAULT, Marcel J., La médecine en Nouvelle-France : les chirurgiens de Montréal (1642-1760), Montréal, Septentrion, 2004, 334 p. (pages sur Claude le Boiteux de Saint-Olive : 292-294)
• ROY, Pierre-Georges, Bulletin de recherches historiques, 1920-21, vols. 26-27

La copie de la chanson se trouve :
Jugements et deliberations du Conseil Souverain, vol. V, p. 1025

014- L’affaire du prie-dieu à Montréal

Monseigneur de Saint-Vallier, évêque de Québec

Monseigneur de Saint-Vallier, évêque de Québec

Cette 14e histoire de Nouvelle-France vous raconte une querelle entre Mgr de Saint-Vallier et le sieur de Callières pour savoir qui des deux aurait son prie-dieu le plus près de l’autel dans l’église des Récollets, à Montréal. Cette querelle a duré près d’un an et demi, divisant la population de Montréal sur la question.

À une époque où il ne serait jamais venu à l’esprit de personne de tutoyer ou de nommer par son prénom une personne occupant un rôle politique important, les règles de préséance et d’étiquette revêtaient une importance qu’on ne soupçonnerait pas aujourd’hui.

Ou, devrais-je dire, les endroits où l’étiquette était importante n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui : alors qu’aujourd’hui, plusieurs personnes-politiques rêvent d’avoir un siège à l’ONU, plusieurs hauts personnages de la Nouvelle-France se sont querellés pour savoir qui aura le siège le plus rapproché… de l’autel, à l’église.

Ça peut faire sourire. Mais à une époque où la religion et les affaires de l’État étaient souvent entremêlées, cette question revêtait un caractère politique très fort. Et encore aujourd’hui, on le remarque dans tous les pays où la religion côtoie la politique… et nous n’avons pas à regarder très loin.

Pour en savoir plus :

«L’affaire du prie-dieu, à Montréal, en 1694», Rapport de l’archiviste de la province de Québec, 1923-24, vol. 4, pp. 71-110

ROY, Pierre-Georges, La ville de Québec sous le régime français, vol. 2, Québec, Service des Archives du gouvernement de la Province de Québec, vol. 2, 1930, pp. 79-80

Dictionnaire biographique du Canada en ligne

015- Mathurin Jouaneaux et sa maison souterraine

Dans cette 15e histoire de Nouvelle-France, je vous raconte l’histoire de Mathurin Jouaneaux qui a construit une des habitations les plus inusitées de Nouvelle-France : pour mieux se protéger des attaques iroquoises, il a bâti sa maison sous terre !

Pour en savoir plus :

FAILLON, Étienne Michel, «Histoire de la colonie française en Canada», Bibliothèque paroissiale, pp. 9, 102-105, 540-541

MASSICOTTE, E.-Z.,«Le castel souterrain d’un colon de Montréal au 17e siècle», Bulletin de recherches historiques, vol. 44, 1942, pp. 137-138

MASSICOTTE, E.-Z., «Contribution à la petite histoire», Cahier des dix, vol. 9, 1944, pp. 245-246 (même texte que celui qu’on trouve dans le BRH)

L’écho du cabinet de lecture paroissial de Montréal, 1871, pp. 19-20


016- La crise économique et la Nouvelle-France

Cette semaine, je sors de mes habitudes. Je vous présente moins une histoire à proprement parler qu’une introduction à d’autres histoires qui viendront dans les prochaines semaines et dont le thème central est l’économie en Nouvelle-France.

Lorsqu’on vit une crise (comme la crise économique que nous traversons présentement), on a souvent tendance à penser qu’«avant c’était mieux» et que la vie et les échanges étaient plus faciles. Je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un petit retour sur le passé pour voir comment nos ancêtres ont su conjuguer avec l’économie.

Je suis donc allé voir comment ça s’était passé en Nouvelle-France. Et ce que j’y ai trouvé m’a donné un choc : la Nouvelle-France a été en crise économique perpétuelle. Ce ne sont pas tant les difficultés économiques qui m’ont surpris, mais plutôt l’ampleur de cette crise.

Je ne prétends pas faire ici un tableau exhaustif de la situation économique de la Nouvelle-France, car le temps et l’espace à y attribuer serait trop long, mais j’espère que cet épisode servira d’introduction à ce vaste sujet.

Pour en savoir plus :

MATHIEU, Jacques, La Nouvelle-France : les Français en Amérique du Nord, XVIe-XVIIIe siècle, Québec, PUL, 1991

017- Pour en finir avec les moé et les toé

En Nouvelle-France, comment prononçait-on les lettres «oi» comme dans moi, toi, le roi et Jean-François?

Aujourd’hui, pour imiter le langage de nos ancêtres, on s’amuse à substituer tous les sons «oi» en «oué» en disant moé, toué, roué, Jean-Françoué en prétendant que c’est l’accent ancien du français. Mais parlaient-ils réellement comme de cette façon ?

La réponse n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire, et, je l’avoue, certainement pas aussi évidente que je l’ai cru pendant plusieurs années. Il est vrai que pendant plusieurs siècles, la «bonne» prononciation française demandait qu’on utilise «ouè», mais il est faux de dire que c’était le cas partout.

Je suis donc retourné dans les livres de grammairiens du XVIe au XIXe siècles pour tenter d’y voir plus clair.

Pour en savoir plus :

BUFFIER, Claude, Grammaire françoise, sur un plan nouveau, avec un traité de la prononciation des e, & un abregé des raglas de la poesie françoise, Paris, M. Bordelet, 1754

CHIFLET, Laurent, Essay d’une parfaite grammaire de la langue françoise, Bruxelles, Lambert Marchant, 1680

DE LA RAMÉE, Pierre (Petrus Ramus), Gramere, 1562

RESTAUT, Pierre, Principes généraux et raisonnés de la grammaire françoise,: avec des observations sur l’orthographe, les accents, la ponctuation & la prononciation; & un abrégé des regles de la versification françoise, Paris, 1770

TALBERT, Ferdinand, Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l’ancienne langue et l’ancienne prononciation française …: et de sa conformité avec l’ancienne langue et l’ancienne pronunciation française, Paris, Doudret-Marçais, 1874

THOULIER OLIVET, Pierre-Joseph, Traité de la prosodie françoise, Genève, 1750

018- La véritable origine du nom du Fleuve Saint-Laurent

Je vous présente aujourd’hui une histoire que j’ai entendue la semaine dernière alors que je donnais un petit spectacle à Longue-Pointe-de-Mingan, sur la Côte-Nord : il paraît que l’histoire officielle selon laquelle c’est Jacques Cartier qui aurait donné le nom de Saint-Laurent au fleuve est fausse…

Pourtant, c’est ce qui est écrit dans les livres d’école…

Qui croire?

D’où vient ce nom alors?

Pour en savoir plus :

Commission de toponymie du Québec

CARTIER, Jacques, Bref récit et succincte narration de la navigation faite en MDXXXV et MDXXXVI, Librairie Tross, 1863, p. 8

CARTIER, Jacques, Voyage de découverte au Canada entre les années 1534 et 1542, Anthropos, 1843, p. 29

 

019 – Lévis a-t-il réellement brûlé ses drapeaux sur l’Île Sainte-Hélène?

Tour de Lévis - Montréal

Tour de Lévis – Montréal

Intérieur de la Tour de Lévis - Montréal 2009

Intérieur de la Tour de Lévis – Montréal 2009

Vue sur Montréal à partir de la Tour de Lévis - Montréal 2009

Vue sur Montréal à partir de la Tour de Lévis – Montréal 2009

Connaissez-vous l’histoire des drapeaux du Chevalier de Lévis?

Selon cette histoire, le Chevalier de Lévis aurait préféré brûler tous les drapeaux des régiments français de Montréal plutôt que de les donner aux Anglais lors de leur entrée dans la ville, le 8 septembre 1760. Selon certaines versions trouvées dans les livres d’histoire de la Nouvelle-France, la destruction des drapeaux aurait eu lieu sur l’Île Sainte-Hélène…

Est-ce vrai?

Pour en parler, je me suis rendu sur l’Île Sainte-Hélène, tout près de l’imposante tour qu’on nomme «Tour de Lévis» en l’honneur du Chevalier de Lévis. Nombreux sont les Montréalais qui croient encore que cette tour est un des derniers vestiges de la Nouvelle-France à Montréal. Et on peut comprendre pourquoi en regardant ces photos.

Pour en savoir plus :
ROY, Pierre-Georges, «Les petites choses de notre histoire – première série», Lévis, 1919, pp. 265-273
«Journal des campagnes de Lévis», dans Collection des manuscrits du Maréchal de Lévis, vol. 1, 1889

020 – Le premier touriste de la Nouvelle-France

Sauriez-vous dire à quel moment la Nouvelle-France a reçu la visite de son premier touriste?

C’est en mai 1662 qu’un jeune normand appelé Asseline de Ronval s’est embarqué de Dieppe pour la Nouvelle-France. Il n’était pas le seul à s’embarquer. Mais contrairement aux autres passagers ou membres d’équipage, Asseline de Ronval ne se rendait pas en Amérique pour travailler ou s’y établir : il ne cherchait qu’à visiter le pays.

Il faut dire qu’à cette époque, plusieurs auteurs européens ont écrit des histoires qui se passaient en tout ou en partie en Nouvelle-France. Mais cette Nouvelle-France décrite dans les romans est tout-à-fait mythique, les auteurs n’ayant jamais mis les pieds ici. Sans doute un des plus célèbres de ces auteurs : Cyrano de Bergerac.

Pour en savoir plus :

YON, Armand, «Notre premier touriste en Nouvelle-France : Asseline de Ronval [1662]», Cahier des dix volume 39, Québec, Éditions du Bien public, 1974, pp. 147 à 170

021 – Une chanson de la Nouvelle-France : le Général de Flipe

Pour cette 21e histoire de Nouvelle-France (et la première histoire de l’année scolaire 2009-2010), je vous présente ce qui est, pour moi, un petit bijou historique qui nous est parvenu de la Nouvelle-France : la chansons «Le général de Flipe». J’aime tout particulièrement cette chanson pour 3 raisons :

  1. elle raconte un fait historique (la tentative de prise de Québec par William Phipps en 1690)
  2. elle a vraisemblablement été écrite par un contemporain des événements
  3. elle nous a été transmise par tradition orale

La version de la chanson que je vous présente aujourd’hui est une reconstitution établie selon l’état de nos connaissances. En voici le texte :

LE GÉNÉRAL DE FLIPE

C’est le général de Flipe

Qui est parti de l’Angleterre

Avecque trente-six voiles

Et plus de mille hommes faits.

Il croyait par sa vaillance

Prendre la ville de Québec.

Il croyait par sa vaillance

Prendre la ville de Québec.

//

A mouillé devant la ville

Les plus beaux de ses vaisseaux,

Il met leur  chaloupe à terre

Avec un beau générau.

C’est pour avertir la ville

De se rendre vite au plus tôt :

- Avant qu’il soye un quart d’heure,

J’allons lui livrer l’assaut.

//

C’est le général de ville

Z-appelle son franc canon :

- Va-t-en dire à l’ambassade

Recule-toi mon général.

Va lui dire que ma réponse

C’est au bout de mes canons,

Avant qu’il soye un quart d’heure,

Nous danserons le rigaudon.

//

C’est le général de Flipe

Qui mit son monde à Beauport,

Trois canons les accompagne

Pour leur servir de renfort.

Mais le malheur qui m’accable,

Qui ne m’a jamais laissé,

Les Français pleins de courage

M’en on détruit la moitié.

//

C’est le général de Flipe

S’est retourné dans Baston :

- Va-t-en dire au roi Guillaume

Que Québec lui a fait faux bond,

Car lui a de la bonne poudre

Et aussi de beaux boulets,

Des canons en abondance

Au service des Français.

[Chanson tirée du CD Chants et complaintes maritimes des Terres françaises d’Amérique - Anthologie des chansons de mer – volume 16, édité par le Chasse-Marée]

*******

Pour en savoir plus :

LACOURSIÈRE, Luc, «Le Général de Flipe [Phips]», Les Cahiers des Dix, no. 39, Éditions du Bien Public, Québec, 1974, pp. 243-277

Pour entendre la version recueillie par Marius Barbeau en 1946 dont je parle dans l’émission :

Le Général de Flipe – 1946 – chantée par Joseph Brisebois

022 – Les loteries en Nouvelle-France

Voici un sujet qui appartient à la petite histoire de la Nouvelle-France. D’ailleurs, je n’aurais jamais cru m’y intéressé, car je ne m’étais jamais posé la question de savoir s’il y avait des jeux de loteries en Nouvelle-France… Et pourtant oui. Les jeux de loterie remontent à très loin dans l’histoire et déjà à l’époque de la Nouvelle-France, ils étaient bien encadrés par l’État qui voyait même à régler des litiges entre les joueurs et les créateurs de loteries.

Par contre, si les loteries en France, à cette époque, servaient principalement à venir en aide aux démunis et à redorer les coffres de l’État, il semble qu’en Nouvelle-France ça se soit passé de façon tout à fait différente…

Pour en savoir plus :

MASSICOTTE, Édouard-Zotique, Faits curieux de l’histoire de Montréal, Montréal, Librairie Beauchemin, 1924

ROY, Pierre-Georges, La ville de Québec sous le Régime français – vol 2, Québec, Service des Archives du gouvernement de la Province de Québec, 1930

Site Internet :

Histoire de la loterie

023 – L’état de la science à l’époque de la Nouvelle-France

Aujourd’hui, je vous propose une émission quelque peu différente de celles que je vous ai présentées jusqu’à maintenant, car je ne vous parlerai pas directement de la Nouvelle-France. Je vous propose plutôt de nous plonger dans la pensée des gens des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles à travers certaines découvertes scientifiques qui ont été faite en Europe.

On a souvent tendance à penser que cette époque était très peu avancée au plan scientifique et technologique. Et c’est normal : toutes les générations ont cru qu’elles étaient plus avancées que les précédentes. Et nous n’y échappons pas.

Mais à y regarder de plus près, on se rend vite compte que les connaissances scientifiques étaient beaucoup plus évoluées à cette époque qu’on pourrait le croire à prime abord. En fait, plusieurs jalons de nos connaissances ont été élaborés pendant ces quelques siècles qu’a duré la Nouvelle-France.

Pour bien illustrer mon propos, j’’ai choisi 4 sujets :

  1. l’électricité
  2. la théorie de l’évolution
  3. les machines à vapeur
  4. la découverte de la vitesse de la lumière

Pour en savoir plus :

024 – Que buvait-on en Nouvelle-France?

Cette question peut sembler anodine à première vue, mais elle l’est beaucoup moins à force d’y réfléchir et de l’étudier.

Prenons l’eau, par exemple. Bien sûr, on en buvait, mais on n’avait pas accès à l’eau potable aussi facilement qu’aujourd’hui. Et dans les villes de France, où l’eau des rivières est souvent trop polluée, on avait pris l’habitude de couper l’eau… avec du vin.

Et chose étonnante : on buvait du café et du chocolat chaud en Nouvelle-France.

Et du côté des boissons alcoolisée, les habitants de la Nouvelle-France consommaient du vin, de la bière et, dans une moindre proportion, du cidre et de l’eau-de-vie.

Pour en savoir plus :

SÉGUIN, Robert-Lionel, La civilisation traditionnelle de l’ «habitant» aux XVIIe et XVIIIe siècles, Montréal, Fides, 1973, pp. 522-526

SULTE, Benjamin, «Ce qu’ils buvaient», Bulletin des recherches historiques, vol. 16, 1910, pp. 157-160

Sur Internet :

GARNOT, Benoît, La culture matérielle en France aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Ophrys, 1995

GROULX, Lionel, «La Querelle de l’eau-de-vie sous le régime français», La Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 1, no :4, 1948, pp. 615-624

BOUNEAU, Christophe, FIGEAC, Michel, Le verre et le vin de la cave à la table du XVIIe siècle à nos jours, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine

MATHIEU, Jacques, LACOURSIÈRE, Jacques, Les mémoires québécoises, Québec, PUL, 1991

025 – Des travestis en Nouvelle-France

Bonjour à toutes et à tous,

Vous savez, plus j’étudie l’histoire, plus je suis surpris. Il s’est souvent passé des choses qu’on n’oserait même pas inventer. Et j’ai été très étonné quand je suis tombé sur des récits de travestissement en Nouvelle-France. Ce n’était pas courant, mais c’était assez important pour qu’il y ait des conséquences.

Mais avant toute chose, je dois préciser un point : la définition même de ce qu’est un travesti : si aujourd’hui le mot sert à désigner un homme ou une femme (quoi que plus généralement un homme) qui prend les habits de l’autre sexe, au XVIIIe siècle, il désignait également des personnes qui prenaient les habits qui n’étaient pas de leur condition (par exemple : un habitant qui s’habillerait en noble).

Je vous raconte donc 3 histoires de travestissement dont 2 qui concernent des femmes qui se sont habillés en homme.

Pour en savoir plus :

BOYER, Raymond, Les crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle, Montréal, Le Cercle du livre français, 1966

Sur l’affaire des jeunes hommes travestis en Amérindiens :

Jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France, vol II, p 947

Sur Esther Brandeau

Dictionnaire biographique du Canada

DUCHARME, Nathalie, Fortune critique d’Esther Brandeau, une aventurière en Nouvelle-France, Communication présentée à Montréal, Congrès de l’ACFAS, 14 mai 2004

Sur Anne Edmond

ROY, Pierre-Georges, «Un procès criminel à Québec au dix-septième siècle. Anne Edmond accusée de s’être travestie en homme et d’avoir répandu de fausses nouvelles», Bulletin des recherches historiques, 1904, pp. 193 à 223 et 229 à 243

026- Les familles reconstituées de la Nouvelle-France

Depuis plusieurs années, on cherche des solutions au problème de l’éclatement des familles et des unions qui ne semblent durer qu’un instant. On dit souvent qu’il serait bon de revenir à des valeurs familiales solides et durables. Et quand on dit «revenir», on regarde vers le passé.

Or, qu’en est-il de la Nouvelle-France? Les unions étaient-elles plus solides et durables? Pourrait-on prendre la Nouvelle-France en exemple quand il s’agit de trouver des solutions à l’éclatement de la famille? Difficile à croire, d’autant plus que les familles reconstituées étaient monnaie courante aussi à cette époque.

Pour en savoir plus :

LACHANCE, André, Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France, Saint-Hubert, Libre Expression, 2000

LABERGE, Alain, «La famille en Nouvelle-France – Mythes et réalités», Cap-aux-diamants, numéro 39, Automne 1994, pp. 10-12